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« Ce n’est pas une question de patience mais de passion »
Il était l’Artiste, elle l’est devenue par amour, dit-elle. Il est le génial dessinateur de ses œuvres demesurées, elle est son bras droit, sa chargée de communication, sa muse.
Jeanne Claude et Christo sont indissociables, unis à la vie à la mort depuis plus de 40 ans. En janvier dernier, les deux artistes ont enfin obtenu l’autorisation du maire Bloomberg pour mener à bien ce projet.
En février 2005 ils concrétiseront cet énième rêve d’artiste dans leur ville fétiche, celle où ils vivent depuis 1964 non loin de Chinatown : New York.

I) Pourquoi ce projet comme celui de l’empaquetage du Reichstag a mis aussi longtemps à se concrétiser ?

Parce que nous travaillons à divers projets en même temps et que les obtentions de permis et autorisations prennent des années à être accordées. Nous sommes aussi dépendants des événements et des changements politiques. Pour The Gates, nous avons reçu en 1981 un rapport de 165 pages motivant le refus de la Commission du parc, mais nous travaillions à l’époque sur le Pont Neuf et les îles de Biscayne Bay en Floride. L’empaquetage du Reichstag a eu beaucoup de résonance aux Etats- Unis et surtout à NY. En 1995, nous nous sommes consacrés plus activement au travail sur les portiques et il y a seulement 9 mois que nous y consacrons tout notre temps car tous les permis ont été obtenus.

II) Est-ce que le 11/09 a bloqué les décisions ?

Au contraire le 11/09 nous a indirectement aidé puisque contre toute attente, l’actuel maire de NY monsieur Bloomberg a été élu et il a toujours été favorable à l’art et à la réalisation de notre projet contrairement à Rudolph Giuliani.

III) Quels sont les travaux préparatoires nécessaires à un tel projet ?

Nous avions déjà fait toutes les études de terrain il y a 23 ans avec des spécialistes dans tous les domaines (un ornithologue, un arboriste et des spécialistes des sols). Il n’est donc plus nécessaire de refaire cela. Le terrain à Central Park a d’ailleurs évolué en notre faveur. A l’époque, 90% était recouverte de détritus en tout genre. Aujourd’hui l’espace est nettoyé. En juin dernier, on a fait un repérage des 37km de sentiers à travers le parc car en 23 ans les branches basses des arbres ont beaucoup poussé. Il n’y aura donc pas de portes à ce niveau là. En octobre dernier, nous avons fait une première simulation grandeur nature de l’installation des portiques dans l’état de Washington. On a placé 18 gates de même hauteur sur des chemins de largeur différente. Un essai grandeur nature.

IV) Comment pouvez-vous financer un tel projet ?

C : Depuis 1979, j’ai réalisé 34 grands dessins (2,44m de large), 20 dessins de 1,65m, plus de 60 collages et une multitude de petites esquisses. Nous vendons une partie de ces œuvres et des travaux plus anciens datant des années 50-60, pour financer le coût des opérations puisque nous n’acceptons aucun sponsor.

V) Pourquoi ?

Nous ne voulons être liés à personne et nous sentir libres. Cela est vraiment une exigence de Christo qui a été élevé dans un pays communiste et qui l’a fui pour ce manque de liberté. Nous ne voulons dépendre de personne au niveau artistique.

VI) Quels sont les changements entre le projet initial et 2005 ?

Nous voulions des portiques de 15 pieds (4,57m) à l’époque, en 2005 ils seront plus hauts (4,87m) pour une question d’esthétique. La circulation des voitures se fera ainsi plus facilement dans le parc.
Les gates devaient être plantées dans le sol. Finalement elles seront posées sur les chemins pavés pour s’assurer de leur verticalité et surtout qu’il n’y ait pas un seul trou. 7500 portiques seront posés sur 37km de chemins pietonniers dans le parc.

visuel : CHRISTO
THE GATES, PROJECT FOR CENTRAL PARK, NEW YORK CITY.
Drawing 2002.
55,9x71,1 cm
Pencil, charcoal, pastel and wax crayon.
Photo : Wolfgang Volz.
COPYRIGHT CHRISTO 2002.